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Maxime de Rostolan, un homme qui fait avancer le monde

Maxime de Rostolan

Peux tu revenir sur ton parcours en quelques lignes même si il est passionnant essaies de synthétiser au maximum 

J’ai grandi dans les beaux quartiers à Paris, et me suis rapidement senti loin de ce qui comptait vraiment. Au moment d’intégrer une école d’ingénieur à Toulouse, j’achetais un combi VW pour prendre le large dès que j’avais quelques jours ou semaines devant moi…après avoir terminé mes études au Brésil, je suis parti deux ans en camion à la rencontre des problématiques locales de l’eau, aventure que j’ai racontée dans un livre ‘Les Aventuriers de l’Or Bleu’ (Presses de la Renaissance).
En 2007, après être rentré à la voile (autant pour l’expérience que pour arrêter de polluer plus que de raison), j’ai pris la direction de la maison d’éditions Deyrolle pour l’Avenir, connue pour ses planches pédagogiques illustrées qui ont décoré les salles de classe de nos parents et grands-parents (la carte de France, le corps humain, le pain, la botanique, etc…). C’est autour des enjeux du développement durable que nous avons articulée cette nouvelle collection, et c’est en rencontrant et convainquant de nombreux directeurs RSE de grosses entreprises que nous avons réussi à créer plus de 200 affiches sur des thèmes aussi variés que la biodiversité, les énergies, la finance responsable ou encore la gestion durable de la forêt.

Passionné de ses sujets et dubitatif de la camomille mielleuse qu’est ‘le développement durable’, j’ai découvert le biomimétisme (=s’inspirer de la nature qui, forte de ses 3,8milliards d’années d’expérience du vivant, est tellement plus intelligente et résiliente que nous, petits homo-sapiens apparus il y a tout juste 200.000 ans et ayant découvert le pétrole, ressource en trompe l’œil, il y a 150 ans…) et ai co-créé l’association Biomimicry pour promouvoir des solutions innovantes. Un peu hyperactif, à l’heure où apparaissaient les premières plateformes de crowdfunding, essentiellement sur les domaines artistiques et culturels, j’ai monté une plateforme dédiée à l’agriculture et habilitée à proposer des projets de prêts rémunérés (Blue Bees a été la première à faire cela et bousculer le monopole bancaire, au prix de 4 ans de batailles juridiques et de l’abandon de 3 avocats successifs…).

C’est alors que j’ai découvert la permaculture, c’est-à-dire d’une méthode de conception d’écosystèmes humains équilibrés…essentiellement connue pour sa mise en œuvre agricole. J’ai ainsi décidé de monter Fermes d’Avenir, une association pour promouvoir l’agroécologie : je me suis formé au maraîchage bio et ai créé, au Château de la Bourdaisière en Touraine, une microferme expérimentale de 1,4ha de maraîchage bio-intensif.
L’association compte aujourd’hui 15 salariés et articule ses activités autour de 4 axes : Produire, Former, Financer et Influencer.

 

Comment est venu l’idée depuis tout jeune de créer fermes d’avenir ?

L’idée n’est pas venue si jeune que ça. Ma sœur Camille qui a grandi comme moi à Boulogne a décidé, dès ses 17 ans, qu’elle serait agricultrice bio. Ce qu’elle est aujourd’hui. Pour ma part, le chemin a été plus long, j’ai d’abord du satisfaire mon besoin d’évasion en voyageant beaucoup, puis mon souci de trouver le bon filon pour changer le monde : choisir entre le social et l’écologie n’était pas évident, à la lueur des débats que je pouvais avoir avec quelques brillants et intransigeants amis. Après avoir été samaritain pendant 2 ans au Samu Social, j’ai compris que les enjeux écologiques et sociaux se recoupaient, et que les solutions de l’un des sujets répondaient aux problématiques de l’autre. Et puis à Paris, la vie avec deux enfants, dont un handicapé, ne m’emballait que moyennement…besoin d’espace, de nature.

Dans le livre ‘Biomimétisme’ de Janine Benyus, elle conclut le premier chapitre en disant que si nous sommes réellement convaincus qu’il faut changer de paradigme, l’agriculture doit être la première brique à poser pour ériger un nouveau paradigme. Cela semble évident en le disant, car nous mangeons 3 fois par jour et l’alimentation est le seul besoin réel que nous avons, mais il n’apparaît pas inutile de le répéter. J’en ai fait mon combat, ou plutôt ma ligne d’engagement !

 

 

Raconte moi si tu as fais une rencontre plus marquante qu’une autre ?

J’ai eu la chance de rencontrer des personnes incroyables, et aurais du mal à en mettre une en avant…mais en pagaille : Pierre Rabhi (2001) qui m’a fait prendre conscience de tellement de choses essentielles à la vie que j’en ai pleuré pendant une semaine. Louis Albert de Broglie, aka le Prince Jardinier (2007) qui m’a fait plonger dans la vie d’entrepreneur et m’a immergé dans les réseaux de décideurs, François Lemarchand, fondateur de Nature & Découvertes, le premier à m’avoir fait confiance et à avoir investi dans Blue Bees, puis Nicolas Hulot (2013), dont je suis très proche. J’ai également eu des rencontres moins prévisibles, avec Marion Cotillard, qui m’a proposé d’être la marraine du premier concours Fermes d’Avenir et qui s’implique souvent à nos côtés, ou encore Manu Chao, qui est passionné de ses sujets et avec qui nous avons travaillé sur sa dernière tournée (été 2017) pour donner la parole lors de ses concerts à des paysans d’avenir.

En 2016, enfin, j’ai rencontré Hélène Medigue, une comédienne-réalisatrice qui a décidé de suivre les équipes et projets de Fermes d’Avenir pendant plus d’un an et qui restitue tout cela dans un film ‘On a 20 ans pour changer le Monde’ qui sortira en avril.

 

 

La France est elle en train de changer ses habitudes alimentaires ?

Chaque année, la bio croît de 20% dans les achats des ménages. C’est un très bon signe. La part de l’alimentation carnée diminue également significativement. C’est une bonne nouvelle et c’est précisément le signal qu’attendaient les acteurs de la filière pour enclencher leur transition. Les gens doivent prendre conscience que manger bio ne coûte en réalité pas plus cher, du moins pas auj niveau global : les impacts catastrophiques du modèle agro-industriel (en termes de santé, de pollution des nappes phréatiques, d’émissions de gaz à effet de serre, de chômage, de désertion des zones rurales) coûtent très cher à nos impôts, et si l’on répercutait ces coûts cachés sur le prix d’achat des produits, le bio reviendrait à moins cher.
Clairement, ça nous fait une belle jambe, à nous consommateurs, qui n’avons souvent comme seul critère de choix que le prix facial…mais du coup, il y a une bonne piste à expérimenter : en diminuant de 20% votre consommation de viande, vous pouvez passer l’ensemble de vos achats en bio, pour le même budget….se faire du bien et soutenir un modèle plus résilient pour le même prix, c’est pas beau ça ?

 

Quel est selon toi le pays modèle en terme de protection de l’environnement ?

Difficile à dire…et comme je ne prends plus l’avion, mes références personnelles vues de mes yeux vus datent un peu. Je pense que la France place le débat dans la sphère publique plus que dans de nombreux autres pays, et si ce n’est pas encore assez, on comprend que les forces de résistance à l’œuvre sont encore puissantes. Du point de vue des paroles, donc, la France n’est pas mal…

après, sur les actes, dans un système mondialisé il est délicat de dissocier les pratiques économiques, qui sont toutes les mêmes, et l’engagement des territoires en matière de gestion des déchets, de l’énergie etc…
Du coup, je pose mon joker et dirais qu’aucun pays ne peut aujourd’hui prétendre au titre de ‘pays-modèle’…. 😉

 

Où te procures tu tes propres légumes et fruits ?

Le plus souvent dans la ferme que j’ai créée, à quelques kilomètres de chez moi. Je n’y travaille plus, ce sont désormais Rachel et Tom qui la pilotent et la font tourner, mais je continue à y aller toutes les semaines bien entendu…et puis quand il n’y a pas ce qu’il faut à la ferme, je vais dans des enseignes spécialisées (NatureO, BioCoop, etc…)

Peux tu nous donner un conseil pour respecter l’environnement a notre échelle (Parisien) ?

A Paris, on n’est qu’une fourmi dans une fourmilière, et il est difficile de peser réellement par ses actions. Néanmoins, si je devais donner les trois engagements-clés, ce serait d’arrêter de prendre l’avion pour moins de 3 semaines, de manger évidemment bio et de saison, et de limiter considérablement sa consommation de viande.

Connais tu  le concept de cherie cheri 

Bien sûr, je connais Marie depuis…pfiou…ça fait mal de compter…plus de 20 ans ! Et je suis avec attention toute cette dynamique festive, optimiste et conviviale. J’ai été à quelques soirées mais comme j’aime aussi jouer à l’organisateur de grosses ‘teufs’, à l’époque dans les catacombes ou sur les toits de bâtiments historiques de Paris, et maintenant à la maison, j’avoue que j’ai du mal à tout faire…en revanche je regarde souvent les photos pour sentir l’ambiance, toujours bonne visiblement !!

 

 

Ta devise ?

Même pas peur.

As tu un rêve ?

J’en ai plein…voir les produits en –cide (insecti, fongi, herbi…) interdits dans nos champs, transformer les indicateurs de performance de nos entreprises, pour comptabiliser ce qui compte vraiment : plus simplement le résultat financier mais intégrer les impacts sur le capital humain et le capital naturel…nous appelons cela la comptabilité en triple capital.

Et puis un autre, tant que j’y suis : créer un groupe de personnalités de tous poils (artistes, sportifs, chefs d’entreprise, politiques, intellectuel) qui s’engageraient aux côtés des citoyens pour aider à changer le monde, vraiment.

 

Que peut on te souhaiter de plus ?

Du temps en rab… ? 😉

 

Merci Maxime de Rostolan

Crédit photo Ch.Lartige/CL2P/RendezVousProductions

Allez ! suis moi...

Enjoy Chérie Chéri ? Suis moi...